Respirer dans l’action

J’écrivais dans mon précédent article mon intention d’équilibrer « faire » et « être » dans ma vie. Dans une société qui valorise plutôt le « faire », je souhaitais sacraliser des temps de retour à moi, de soin de moi pour me donner toutes les chances d’être la meilleure version de moi-même au quotidien.

C’est le printemps, les graines plantées depuis l’an dernier se mettent à germer à tout va dans ma vie, en particulier de nouveaux projets professionnels dans mon activité entrepreneuriale, dans mon action au sein du collectif POWA, mais aussi (et comme vous pouvez le voir sur la photo), un projet de jardin collectif lancé au sein du coliving El Capitan sur lequel nous avons travaillé tout l’hiver (planification, design, organisation, budget,…). C’est une grande fierté de voir ce travail d’équipe longuement muri prendre une forme si concrète et si belle !

C’est le printemps, et je suis beaucoup dans le « faire ». D’un côté tant mieux, l’hiver a été reposant et les beaux jours redonnent de l’énergie. Mais mon équilibre s’en retrouve challengé…

De la pensée binaire à la porosité des choses

Il se trouve que ma perception des choses à évolué ces derniers temps.

Les humains ont ce réflexe de penser en mode binaire : C’est bien/C’est mal, vie pro/vie perso, féminin/masculin, sympa/pas sympa, être/faire. En me laissant la liberté de briser les frontières, sortir du monde des catégories, je sens un champs des possibles bien plus large et satisfaisant qui s’ouvre à moi ! Si l’on a tendance à me qualifier comme douce et empathique (caractéristiques que l’on attribuerait au féminin) cela ne m’empêche pas d’aspirer à une grande indépendance et d’avoir envie de « tout défoncer » pour atteindre mes objectifs (ce que l’on associerait au « masculin »). Si je me contentais de me mettre dans la case « féminin », peut-être me retrouverait-on aujourd’hui docile à accepter ce que la société imaginait pour moi.

Pour penser autrement qu’en mode binaire et appréhender la porosité des choses, je m’aide de certaines images comme verser de l’eau chaude dans de l’eau froide : il y a un transfert de chaleur mais n’y a-t-il pas encore un peu d’eau chaude dans l’eau froide ? Ou d’eau froide dans l’eau chaude ? Quel est l’instant T où l’on peut dire que l’ensemble du volume d’eau a basculé de froid à chaud ? Comme aussi le modèle du Yin et du Yang de la philosophie chinoise où l’on retrouve du Yin dans le Yang et du Yang dans le Yin.

Lorsque la vague de l’océan accoste sur la plage : où peut-on délimiter le début de la plage ? La fin de l’océan ?

Ceci appliqué à la binarité faire/être, cela donne :
Lorsque je lâche mon ordinateur et que je fais du yoga, je pourrais qualifier ce moment d’un temps d »être ». Mais ce temps n’est en-fait pas dénué de « faire » puisque j’enchaîne des postures, je bouge mon corps.
A l’inverse, lorsque j’anime un atelier pour les jeunes, c’est mon activité professionnelle. Alors je « fais ». Oui, mais ma posture de facilitatrice, les qualités d’écoute, d’observation de l’énergie du groupe et d’adaptation des activités aux participants, c’est aussi ce que l’on appelle du « savoir-être ». Alors dans le « faire », je mets bien de l' »être ». 

La pensée binaire, n’est-ce pas cela qui fait que lorsque je « travaille », je n’ai qu’un objectif : que la tâche soit « faite » ? Sans mettre un peu de porosité entre « faire » et « être », mon action est inconsciente et le résultat passable voire contreproductif. C’est ainsi que je me coupe le doigt lorsque j’épluche un légume.

Un enjeu de société

Je vous partage ici mon état d’esprit du moment. Mais c’est selon moi également un problème de société. Je côtoie au quotidien des personnes qui « agissent utile » avec de très beaux projets pour embellir notre société. Ils avancent sur un chemin plein de sens et sont remplis d’une très grande et sincère motivation. Mais ce que j’observe, c’est aussi des essoufflements, des « trop-plein », voire de véritables épuisements à la tâche… Pour certain.e.s, cela nécessitera plusieurs mois de remise en forme. Le lâcher-prise n’est plus négociable. Cela peut être vécu comme un traumatisme.

Je ne suis pas hors de ce danger. J’ai moi aussi mes moments d’excitation dans l’action qui font que je vais aller un peu plus loin dans ma to-do list, que je vais accepter un peu plus de missions intéressantes et remplir encore un peu mon planning des prochaines semaines.

Alors j’essaye de me rappeler le plus souvent possible de respirer dans l’action et de faire des pauses. Parce que je suis convaincue que prendre soin des autres demande au préalable d’avoir pris soin de soi.

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